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Déjà à cette époque, je m’interrogeais sur l’évolution des créateurs d’art brut en ex-Union soviétique. L’art brut étant issu des couches populaires, il me semblait pouvoir s’inscrire dans l’idéologie de la Russie socialiste. J’ai donc voulu pousser plus avant ma recherche. Je savais que je trouverais de l’art brut dans ce pays, mais à quoi pouvait-il ressembler? Était-il un produit récent, une conséquence inéluctable de l’ancien régime, ou au contraire, existait-il depuis toujours? Les découvertes que j’y ai faites sont étonnantes. L’art, privilégié par les autorités soviétiques, visait à stimuler l’intellect de l’individu afin d’augmenter sa productivité au travail. Aujourd’hui, les réserves de la Maison populaire, ce lieu où jadis on invitait les ouvriers à la création, sont remplies à craquer d’une collection d’art prolétaire que d'aucuns envieraient. Les gens âgés qui continuent de fréquenter cet atelier instauré par l’ancien régime, constituent un puissant miroir de la nouvelle réalité, un reflet criant de la société qui les a engendrés. Certains ne mangent pas à leur faim, alors que d’autres n'arrivent tout simplement à s'adapter au nouveau régime, auquel ils n'entendent rien. Cependant, même s’ils vivent dans des conditions précaires, ils arrivent, pour la plupart, à s’en sortir en s’investissant dans cette voie de l’art. Leur situation sociale devient donc un moteur important de leur création artistique. C’est par le biais de cette Maison populaire que j’ai rencontré les deux personnes présentées dans ce film. Elles ont en commun d’avoir vécu la plus grande partie de leur vie sous le régime communiste, et d’avoir trouvé leur bonheur grâce à l’art. Les récits de vie qui nous sont racontés varient d’un artiste à l’autre. L’un a vécu de façon tragique la chute du régime soviétique, tandis que l’autre, heureux de ne plus servir dans l’armée rouge, dénonce activement la situation sociale et politique en Russie. Encore une fois, il ne s’agit donc pas d’un travail sur l’art comme tel, mais d’un regard sur les individus eux-mêmes. Car, il faut le souligner, Alexeï Ivanovitch et Alexeï Yakovlevitch rencontraient une « étrangère » pour la première fois. Ils avaient des choses à dire, à dénoncer, qui ne s’articulaient pas nécessairement autour de mon idée de départ. En outre, j’avoue que jamais je n’aurais pu prétendre être documentariste si je ne leur avais pas laissé ce droit à la parole, ce droit qu’on leur donnait enfin de raconter eux-mêmes, au monde entier, ce qu’ils avaient vécu. J’ai
été
bouleversée par leur récit et par
leur intensité. Les personnes âgées
gardent en
elles des histoires extraordinaires. Elles sont les témoins
privilégiés de l’histoire du monde.
À travers leur
récit, et avec beaucoup d’écoute,
j’espère avoir
réussi à vous transmettre la valeur de leur
message.
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir ou la télécharger) Pour télécharger son curriculum vitae en pdf ou en rtf Pascale
Ferland est née
à Joliette, au Québec. En
1995, elle termine des études en arts visuels à
l’Université du Québec à
Montréal.
Après avoir réalisé quelques courts
métrages expérimentaux, elle
s’intéresse au
documentaire, un genre qu’elle explore depuis 1999. En 2003,
elle signe
un premier long métrage, L’Immortalité
en fin de compte, finaliste pour le Jutra du meilleur
documentaire
et deuxième
film d’une série portant sur l’obsession
créatrice.
Abordant la même thématique, L’Arbre aux branches
coupées (2005) sera remarqué par la
critique et
présenté dans plusieurs festivals nationaux et
internationaux. Elle entame actuellement un nouveau documentaire, Les
idées
croches,
portant sur René Bail, l’un des premiers
cinéastes
indépendants au Québec. Parallèlement
à son
travail de création, elle se dévoue à
la
cause du cinéma indépendant et, en 2005, fonde et
administre avec d’autres collègues Les
Films du 3 mars, une
société de distribution associative. En 2006,
elle se
mérite le prestigieux prix Victor-Martyn-Lynch-Staunton
du
Conseil des Arts du Canada, récompensant le talent
exceptionnel
d'artistes à mi-carrière. |