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En 1995, je croisais régulièrement un homme souriant qui, chaque jour, faisait lentement sa promenade. Son visage, gravement blessé par le feu, me faisait peur et, ne sachant trop comment gérer ce sentiment honteux, je n’avais jamais osé lui parler. Qui aurait cru que, dix ans plus tard, je passerais près de trois années à le filmer... C’est en 2003 que j’ai véritablement rencontré René Bail, par l’entremise du cinéaste et producteur Richard Brouillette, avec qui il était ami. À ma grande surprise, je n’ai pris que très peu de temps à m’habituer au corps mutilé de cet homme qui s’exprimait avec assurance et dont le ton exhalait la joie de vivre.... on en oubliait sa laideur, il inspirait l’admiration.
La découverte d’un mythe René Bail est l’auteur d’un des premiers films indépendants au Québec, Les Désœuvrés, une œuvre mythique de laquelle il n’avait jamais été pleinement satisfait. Aussi, depuis la sortie du film en 1959, René proclamait à quiconque voulait l’entendre que le mixage final et une partie du montage de son film devaient absolument être refaits. Malheureusement, René n’avait jamais pu terminer son œuvre selon ses plans, parce qu’étrangement, ses bandes sonores étaient disparues. René abandonna donc momentanément l’idée de faire du cinéma et se consacra corps et âme à la moto, une passion dévorante qui, en 1972, le laissa handicapé, brûlé sur plus de la moitié de son corps. En 1999, les plaies chroniques provoquées par les graves brûlures qu’avait subies René, font le lit d’un cancer au pied droit. En 2001, des métastases apparaissent dans une jambe et donnent lieu à une amputation sous le genou. L’année suivante, les métastases remontent jusque dans l’aine et René subit un traitement de chimiothérapie qui a tôt fait de l’affaiblir. Alors que le cinéaste se destine à nouveau à la mort, les médecins viendront finalement à bout du cancer par la chirurgie. C’est à ce moment qu’intervient Richard Brouillette, qui met tout en branle pour aider René à terminer Les Désœuvrés, un rêve que ce dernier caresse depuis plus de quarante ans. Certes, encore fallait-il retrouver les bandes sonores originales du film… En 2003, coup de théâtre, les bandes manquantes des Désœuvrés sont enfin retrouvées à la Cinémathèque québécoise. L’initiative de Brouillette et cette découverte inespérée des éléments du mix original redonnent rapidement vie au cinéaste qui, alors, décide de terminer son film.
Le cinéaste En filmant René Bail pendant toutes ces années, j’ai eu la chance de rencontrer un homme épris de liberté. Un homme humble et cultivé, passionné de cinéma, de littérature, de musique et de moto. Cette moto, qui l’a écorché vif, et qui, malgré tout, aura été le plus grand amour de sa vie. À la fin du montage de mon film, le 9 octobre 2007, René Bail est décédé des suites d’un cancer généralisé. Je dédie ce film à tous ceux qui, comme René, sont des amoureux de la nature. À ceux pour qui le mot « liberté » à su un jour prendre un sens véritable. À ta
mémoire, mon ami.
(Cliquez sur l'image pour l'agrandir ou la télécharger) Pour télécharger son curriculum vitae en pdf ou en rtf Au cours de
ses études en arts visuels à l’UQAM,
Pascale Ferland réalise plusieurs vidéos d'art
dont certaines furent primées dans le milieu
académique. Après s’être
consacré à la sculpture, elle signe en 2003 un
premier long métrage, L’Immortalité
en fin de compte
, finaliste pour le Jutra du meilleur documentaire et
deuxième film d’une série portant sur
l'obsession créatrice. Abordant la même
thématique, L’Arbre aux branches
coupées
(2005) sera remarqué par la critique et
présenté dans plusieurs festivals nationaux et
internationaux. En 2006, le Prix Victor-Martyn-Lynch-Staunton
lui est
décerné pour la qualité exceptionnelle
de ses réalisations. Adagio pour un gars de bicycle
est son
troisième long métrage. |